Ciblage de l’inflation au Maroc : Des tests en 2026 avant la mise en œuvre officielle en 2027
Le ciblage de l’inflation au Maroc marque une étape importante dans l’évolution de la politique monétaire du pays. Cette approche vise à renforcer la stabilité des prix en fixant un objectif d’inflation clair, piloté par Bank Al-Maghrib. Des tests sont prévus en 2026 afin de préparer la mise en œuvre officielle du ciblage de l’inflation au Maroc en 2027. Cette transition s’inscrit dans un contexte de modernisation de la politique monétaire et d’adaptation aux défis économiques nationaux et internationaux. Le ciblage de l’inflation permettrait de mieux anticiper les variations de l’inflation au Maroc, de renforcer la crédibilité de la banque centrale et d’améliorer la transparence des décisions monétaires. Pour les investisseurs, les entreprises et les ménages, cette réforme monétaire représente un signal fort en faveur de la stabilité macroéconomique et de la prévisibilité de l’économie marocaine à moyen et long terme.

Politique monétaire : le Maroc teste le ciblage de l’inflation avant son lancement en 2027
La transition vers un marché plus flexible
Jouahri a souligné lors de sa conférence que le Maroc a déjà franchi une étape significative dans la libéralisation de son marché des changes. En effet, depuis la mise en place de certaines réformes, le pays dispose désormais d’un marché interbancaire de change fonctionnant sans l’intervention directe de la Banque centrale.
Cela signifie que les banques commerciales peuvent échanger des devises entre elles sans l’implication quotidienne de Bank Al-Maghrib, ce qui marque un progrès vers une plus grande flexibilité de la politique monétaire.
Bien que le Maroc autorise des fluctuations dans une bande de plus ou moins 5% autour du taux de change de référence, le gouverneur a insisté sur le fait que ce n’était pas encore un flottement complet. Le marché des changes marocain reste encadré, et les mouvements de la monnaie restent limités dans une plage étroite, ce qui permet de réduire les risques de volatilité excessive, tout en offrant une certaine souplesse aux opérateurs économiques.
Cette première étape prépare le terrain pour une possible évolution future vers une plus grande libéralisation, mais cette transition sera progressive et contrôlée.
Le Maroc encore loin du flottement total du dirham
La question qui persiste est celle du passage à un taux de change totalement libre, où la valeur du dirham serait exclusivement déterminée par les forces du marché, sans aucune intervention de la Banque centrale.
En d’autres termes, la valeur du dirham dépendrait uniquement de l’offre et de la demande sur les marchés financiers internationaux, comme c’est le cas pour de nombreuses monnaies dans des économies plus avancées. Cependant, cette option semble encore loin de la réalité marocaine.
Selon Abdellatif Jouahri, un flottement intégral n’est pas une option immédiate. Le gouverneur a précisé que, même si cette réforme avait été envisagée dans le passé, le Maroc n’est pas encore prêt à passer à un taux de change totalement libre. Il a expliqué que le tissu économique marocain n’est pas suffisamment solide et résilient pour faire face aux fluctuations que pourrait engendrer un flottement complet de la monnaie.
Jouahri a insisté sur le fait qu’un tel changement entraînerait des risques considérables pour l’économie, notamment une volatilité excessive des taux de change, qui pourrait déstabiliser les entreprises et affecter la compétitivité du pays. « Il est impossible d’adopter une telle politique sans être convaincu que tous les acteurs économiques, des petites entreprises aux grandes industries, sont prêts à faire face à ces changements et à comprendre les implications d’un tel ajustement », a-t-il expliqué.
Cette approche prudente montre à quel point Bank Al-Maghrib veut éviter de précipiter des réformes qui pourraient avoir des conséquences négatives sur l’économie nationale.
Lire : Le Maroc opte pour un flottement limité
La priorité donnée au ciblage de l’inflation
Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a choisi de se concentrer sur une autre forme de réforme monétaire : le ciblage de l’inflation. Cette stratégie consiste à fixer un objectif précis d’inflation à atteindre, généralement autour de 2%, et à mettre en place des mesures de politique monétaire pour atteindre ce taux. Jouahri a confirmé que le Maroc se dirigeait vers un modèle de ciblage de l’inflation, qui serait mis en œuvre progressivement, sans pour autant libéraliser totalement le taux de change.
Le gouverneur a souligné que la Banque centrale et le FMI étaient parvenus à un compromis. Bien que le FMI ait poussé pour une réforme plus radicale du régime de change, les deux parties se sont entendues sur l’idée de mettre en place le ciblage de l’inflation, tout en maintenant un cadre de change contrôlé. Ce compromis reflète la réalité du marché marocain, où une libéralisation totale des taux de change pourrait être prématurée.
Lire : Le Maroc : 5e puissance économique d’Afrique selon le FMI et un modèle de diversification
Un test en 2026 pour évaluer la faisabilité du ciblage de l’inflation
Dans cette optique, Bank Al-Maghrib a prévu une phase de test pour 2026. Pendant cette année-là, la Banque centrale appliquera simultanément l’approche actuelle et le système de ciblage de l’inflation, afin de mesurer l’efficacité de ce dernier.
Cette phase expérimentale permettra de s’assurer que les mécanismes nécessaires sont en place pour lancer cette réforme de manière optimale.
Jouahri a ajouté qu’une fois cette phase de test achevée et si les résultats sont concluants, le Maroc sera prêt à adopter officiellement le ciblage de l’inflation à partir du 1er janvier 2027.
Cela marquera le début d’une nouvelle ère pour la politique monétaire du pays, qui devra s’adapter aux objectifs de stabilité des prix et de contrôle de l’inflation, tout en maintenant un équilibre avec les autres objectifs économiques, tels que la croissance et l’emploi.
Le ciblage de l’inflation et ses implications pour l’économie marocaine
Le passage au ciblage de l’inflation représente une avancée majeure dans la politique économique du Maroc. Cette approche vise à stabiliser les prix et à maintenir un contrôle sur l’inflation à long terme, en fixant des objectifs clairs et en orientant les décisions de la Banque centrale autour de ces cibles.
Concrètement, cela signifie que Bank Al-Maghrib devra annoncer publiquement un objectif d’inflation (par exemple, 2%) et ajuster sa politique monétaire pour y parvenir. Cela inclut l’utilisation des taux d’intérêt, des réserves obligatoires et d’autres outils pour influencer l’activité économique et les prix.
Le ciblage de l’inflation permettra également de renforcer la transparence et la crédibilité de la Banque centrale. En annonçant une cible claire, les acteurs économiques, qu’il s’agisse des entreprises, des investisseurs ou des consommateurs, sauront exactement ce qu’attendre de la Banque centrale.
Cela devrait réduire l’incertitude sur les évolutions économiques futures et favoriser une meilleure planification économique à tous les niveaux.
Différences entre le ciblage de l’inflation et le flottement intégral
Il est important de comprendre les différences fondamentales entre le ciblage de l’inflation et un régime de flottement intégral du taux de change. Le ciblage de l’inflation repose sur l’idée que la stabilité des prix est essentielle à la croissance économique à long terme.
Ce modèle met l’accent sur la transparence, la prévisibilité et la communication entre la Banque centrale et les acteurs économiques.
En revanche, un flottement complet du dirham laisse la valeur de la monnaie se déterminer librement par le marché. Cela expose l’économie à des fluctuations qui peuvent être imprévisibles et volatiles, influencées par des facteurs externes comme les prix des matières premières, les taux d’intérêt internationaux et les mouvements financiers mondiaux.
Cette instabilité pourrait être particulièrement problématique pour un pays en développement comme le Maroc, qui cherche à maintenir une croissance soutenue tout en gérant les risques financiers.
Une réforme progressive et réfléchie
En somme, la stratégie de Bank Al-Maghrib repose sur une approche mesurée et progressive. Plutôt que de se lancer dans un flottement total du dirham, ce qui pourrait exposer l’économie à des risques inutiles, le Maroc privilégie un ciblage de l’inflation qui permettra de mieux contrôler les prix tout en garantissant une certaine stabilité monétaire.
Cette réforme, bien que progressive, marque un tournant important dans la politique économique du Maroc, avec des tests prévus dès 2026 et une mise en œuvre officielle en 2027. Le pays montre ainsi qu’il est prêt à avancer avec prudence vers une plus grande flexibilité monétaire, tout en prenant soin de protéger son économie des turbulences financières.

